Institut Africain des Sciences de la Mission

Institut Africain des Sciences de la Mission

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Par le décret 860 / 2004 du 10 avril 2014, la Congrégation pour l’Education Catholique a renouvelé, pour cinq autres années, l’agrégation de l’Institut Africain des Sciences de la Mission (IASMI, en sigle) à la Faculté de Missiologie de l’Université Pontificale Urbanienne de Rome. C’est un geste d’encouragement à l’égard d’une initiative qui, à une époque où les esprits se tournaient prioritairement vers des intérêts séculiers, manifestait la volonté de penser la mission dans un pays comme la R. D. Congo, voire en Afrique en général.

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Lire ici l’intégralité du texte écrit par les pères Didier Mupaya et Domenico Arena.

Institut Africain des Sciences de la Mission

L’Institut Africain des Sciences de la Mission
« Une pierre dans la construction du futur »

Par le décret 860/2004 du 10 avril 2014, la Congrégation pour l’Education Catholique a renouvelé, pour cinq autres années, l’agrégation de l’Institut Africain des Sciences de la Mission (IASMI, en sigle) à la Faculté de Missiologie de l’Université Pontificale Urbanienne de Rome. C’est un geste d’encouragement à l’égard d’une initiative qui, à une époque où les esprits se tournaient prioritairement vers des intérêts séculiers, manifestait la volonté de penser la mission dans un pays comme la R. D. Congo, voire en Afrique en général.

En effet, c’était la dernière décennie du XXème siècle, et prévalaient des opinions pouvant refroidir les enthousiasmes en faveur d’un institut de missiologie, particulièrement en Afrique[1]. L’Encyclique Redemptoris Missio (RM) de Saint Jean-Paul II, publiée en 1991, venait précisément redonner de la pertinence à la mission, que l’auteur évoque comme une valeur absolue[2]. Et les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée de la Province du Congo, s’inscrivant dans la perspective ouverte par l’encyclique et regardant plus loin vers l’avenir, avaient décidé, en 1994, de miser, de façon plutôt audacieuse, sur un Institut Africain des Sciences de la Mission, une œuvre capable de promouvoir aussi bien l’esprit missionnaire que le savoir missiologique en contexte africain.

Notre intention dans ces lignes est de faire connaître cette véritable faculté de missiologie qui fonctionne à Kinshasa depuis 20 ans[3]. Et pour ce faire,  notre présentation qui se veut assez détaillée aborde tour à tour les points suivants : – Une rétrospective sur la genèse de l’IASMI : comment les choses se sont-elles passées ? ; – Les premiers pas de l’IASMI et ses cycles académiques. Et nous terminons par les défis actuels que l’Institut affronte sur le chemin de la construction du futur, pour la mission de l’Eglise au Congo, en Afrique et dans le monde.

Comment les choses se sont-elles passées ?

En 1982, au lendemain du cinquantenaire de leur présence en R. D. du Congo (1931-1981), les Oblats avaient déjà ouvert, avec leur scolasticat, un institut de théologie. Les deux institutions étaient placées sous le patronage de saint Eugène de Mazenod (1782-1861), le fondateur des Oblats. Elles devaient répondre au besoin de formation de la nouvelle génération d’Oblats congolais, dont les effectifs croissants représentaient une promesse d’avenir.

Mais ce besoin de formation était aussi commun à d’autres congrégations religieuses, qui ne tardèrent pas à y envoyer leurs candidats au sacerdoce. De ce fait, l’Institut Sant Eugène de Mazenod (ISEM) répondait parfaitement aux besoins du milieu, pouvant accueillir immédiatement, en plus des Oblats, des candidats d’autres congrégations pour les études de théologie [4].

Les dix premières années aboutirent à l’affiliation à l’Université Pontificale Urbanienne en 1992. Elles furent également des années de maturation et d’un certain développement. En fait, l’objectif de formation théologique des jeunes destinés au sacerdoce s’ouvre à la formation doctrinale pour les religieuses et religieux et plus largement aussi aux besoins missionnaires de l’Eglise en général.

Le colloque de lancement : « les nouveaux appels de la mission » 

C’est ainsi que, deux ans après l’affiliation, l’ISEM organise, au mois de février 1994, un colloque international de forte signification missiologique sur le thème « Les nouveaux appels de la mission ». A ce colloque participèrent plusieurs autorités ecclésiastiques dont le cardinal Frédéric Etsou, archevêque de Kinshasa, Mgr Faustino Muños Sancez, nonce apostolique en R.D. Congo, Mgr Tharcisse Tshibangu, évêque de Mbuji-Mayi, le révérend père Marcello Zago, supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, ancien secrétaire du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux. De nombreux théologiens et chercheurs de renommée internationale s’alternèrent à la table des conférences[5].

Ce colloque signa la naissance de l’Institut Africain des Sciences de la Mission. Les actes du colloque, publiés dans le premier numéro de la Revue Africaine des Sciences de la Mission (RASM) contiennent des contributions missiologiques de grande valeur, ainsi que les premières intuitions programmatrices de ce nouvel institut qui donnèrent aux uns et aux autres l’occasion d’en saisir l’importance et la pertinence.

Jalons et profil de fondation : « une pierre dans la construction du futur »

C’est tout d’abord le cardinal Etsou lui-même qui attira l’attention des participants sur la nécessité d’une institution à vocation missionnaire et missiologique en rappelant, dès le début de son discours d’ouverture, un projet d’institut Ad Gentes resté en veilleuse depuis 1988. Son intervention qui reste historique, balisa les pistes du programme pour l’Institut Africain des Sciences de la Mission: « Un vieux rêve habitait mon prédécesseur au siège métropolitain de Kinshasa, feu le cardinal Joseph MALULA : celui de voir s’ouvrir un jour, dans l’Archidiocèse de Kinshasa, au cœur de l’Afrique, un haut lieu de recherche sur la mission. Ce désir, en effet, fut explicitement exprimé dans son allocution du 19 octobre 1988 à l’occasion du centenaire de la présence au Zaïre des missionnaires de Scheut. « Je voudrais, disait-il, demander à la Congrégation du Cœur Immaculée de Marie de nous aider à fonder, ici, à Kinshasa, un Institut de missiologie, l’Institut Ad Gentes, chargé de développer l’enracinement profond et durable de notre Eglise locale : une Eglise plus dynamique, une Eglise plus engagée, une Eglise plus missionnaire. L’Institut Ad Gentes est appelé à soutenir et à promouvoir l’inculturation du message chrétien. Notre Institut de Missiologie assurera ainsi sur place la formation et la diffusion de l’information sur la nécessaire tâche d’inculturation… »[6].

 Y avait-il dans le rêve du Cardinal Malula l’écho d’une recommandation du pape Jean-Paul II ? En effet, en visite au Zaïre (aujourd’hui R. D. Congo) en 1985, le pape avait encouragé l’Eglise locale à continuer à s’ouvrir à la mission ad gentes : Visez à être missionnaires à votre tour non seulement en ce pays où l’Evangile est encore attendu mais au-dehors, et en particulier en d’autres pays d’Afrique[7].

Quoi qu’il en soit, le propos du Cardinal Etsou fit savoir combien cette institution  correspondait à une attente de l’Eglise locale. De sorte qu’on comprend mieux les sentiments prophétiques qui marquent la suite de son discours : « C’est  donc avec émotion et gratitude que je salue et apprécie l’initiative des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée d’organiser le présent Colloque International de Missiologie à l’occasion du lancement de l’Institut Africain de Missiologie en octobre prochain… L’Institut Africain de Missiologie vient au bon moment et répond à un grand besoin pastoral de notre Eglise, à un moment crucial de son histoire et à un grand tournant de l’évangélisation des pays dits de mission… Nul n’ignore que l’Eglise africaine prépare joyeusement les prochaines assises du Synode spécial des Evêques pour l’Afrique… Dans cette voie de recherche, l’Institut Africain de Missiologie, pensé et fondé par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée et ouvert à tous ceux qui veulent rechercher, étudier, réfléchir pour construire l’Eglise et définir sa mission, est une pierre dans la construction du futur. Nous lui souhaitons d’ores et déjà plein succès et nous espérons qu’il apportera un souffle nouveau à l’élan missionnaire dans sa phase actuelle de l’achèvement de l’œuvre missionnaire »[8].

            Outre la genèse ainsi rappelée, le discours du cardinal Etsou traçait un véritable programme pour l’institution en gestation. Le haut lieu de recherche devrait déchiffrer la nouvelle identité du missionnaire d’aujourd’hui; former à la mission dans le nouveau contexte ecclésial africain et répondre sur le plan théologique aux exigences de l’inculturation de l’Evangile, qui était un défi prioritaire de l’Eglise africaine après le Concile Vatican II[9].

Une œuvre d’Eglise : «  toutes les congrégations organisent ensemble »

En vérité, le Cardinal Etsou prévoyait cette institution comme une œuvre d’Eglise au service des prêtres, des personnes consacrées et des femmes et hommes laïcs. Il rêvait d’un lieu où les différents instituts religieux, forts de leur expérience missionnaire, pouvaient réfléchir sur la théologie et la pratique missionnaires pour rechercher ensemble les nouvelles modalités d’annonce du message chrétien pour le présent et l’avenir. Un point de ralliement où, « autour des missionnaires Oblats de Marie Immaculée, toutes les congrégations organisent ensemble cet institut afin d’aider les Eglises locales à conserver l’élan missionnaire, caractéristique de l’Eglise africaine » et pour transmettre ainsi « aux générations à venir le souci de continuer la mission universelle vers tous les peuples »[10].

Ce jour-là, le deuxième cardinal de l’Eglise du Zaïre prit soin de préciser aussi les rapports de complémentarité que le nouvel institut devrait avantageusement développer avec d’autres institutions missiologiques déjà présentes en terre zaïroise. Il s’agissait de deux institutions qui s’étaient déjà fait remarquer à cause de leurs recherches et publications: le CERA (Centre d’Etudes des Religions Africaines, fondé en 1966) et le CEEBA (Centre d’Etudes Ethnologiques de Banningville/Bandundu) fondé en 1965. En synergie avec ces deux centres, le nouvel institut de Missiologie, était, selon le Cardinal, appelé à ” traduire les recherches faites en enseignement pour former de nouvelles générations de missionnaires qui pourront évangéliser notre continent avec savoir-faire et compétence »[11].

Orientations et axes de recherche privilégiés

De ce discours inaugural de Mgr Etsou, vraiment inspiré et opportun, nous pouvons dégager trois orientations majeures que le nouvel institut était censé poursuivre. D’un côté, un souci de contextualisation, qui fut aussi celui du cardinal Malula, à savoir « que la mission de l’Eglise exprime bien le vrai visage d’une Eglise africaine et soit l’expression de la foi authentique des Africains ». De l’autre côté le souci de l’universalité qui devait préparer tout étudiant, « sans exclure l’apport et les richesses des autres Eglises » à « annoncer l’Evangile à tous les hommes comme il se doit ». Et tout cela dans le cadre d’une troisième orientation majeure qui préconisait un esprit de dialogue et de collaboration avec toutes les composantes de l’Église entière[12].

Quant au nom à donner à l’institut naissant, l’insistance de Mgr Tharcisse Tshibangu eut le dessus sur les premières propositions. Sur proposition de ce prélat, qui est l’un des pionniers de la théologie africaine, plutôt qu’Institut de Théologie Missionnaire, la nouvelle institution fut nommée Institut Africain des Sciences de la Mission.

On parvenait ainsi à envisager la création d’une véritable faculté de missiologie. Aux yeux des personnes averties, une telle institution pouvait combler une lacune dans l’ensemble des initiatives déjà prises par une Eglise en expansion qui entendait se prendre en charge dans tous les domaines de sa vie. En effet, dans toute l’Afrique francophone, et peut-être aussi anglophone, il n’existait pas encore un lieu de recherche et d’enseignement reconnu et complètement consacré à la missiologie en tant que science académique de la mission. Pourtant, c’est à la mission que, malgré tout, l’Afrique doit la naissance de sa chrétienté contemporaine.

 

Les premiers pas de l’IASMI et ses cycles académiques

Tout commença à se mettre en place pour permettre au nouveau-né d’exister et de se développer. Et voici en résumé ses premiers pas :

  • En décembre 1994, la publication du premier numéro de la Revue Africaine des Sciences de la Mission (RASM), une revue semestrielle qui a, à son actif, 29 parutions.
  • La tenue trimestrielle, à partir de 1994, de la ‘Chaire Cardinal Malula’. Il s’agit d’un cycle de  conférences sur des thèmes qui ont trait à la mission. Ces conférences, animées par des éminents professeurs ont atteint le nombre de 44. Elles sont publiées au long des années dans la revue RASM.
  • L’organisation, peu après, d’un Cycle de formation pour initier les missionnaires expatriés aux réalités culturelles, socioreligieuses et politiques du Congo et de l’Afrique. A celui-ci s’ajoutera en 2009 un autre Cycle semblable pour les missionnaires Congolaises et Congolais, appelés à servir d’autres Eglises. Les deux modules prennent au sérieux la tendance destinée à accroître le flux missionnaire allant de plus en plus vers un échange tous azimuts qui mette aussi les Eglises de nouvelle fondation en mesure de contribuer à la mission en communion avec les Eglises plus anciennes.

Mais l’objectif principal des promoteurs de l’IASMI, qui attendait encore d’être réalisé, était la mise en marche du deuxième cycle en sciences de la mission, c’est-à-dire d’une vraie faculté de missiologie octroyant aux étudiants le titre académique de spécialisation ou de licence.

La faculté de missiologie à proprement parler

Sur recommandation conjointe du Cardinal archevêque de Kinshasa et de l’Assemblée des Supérieurs Majeurs du Congo (ASUMA), des démarches officielles pour le lancement de la faculté furent entamées immédiatement après le Colloque de 1994, auprès de l’Université Pontificale Urbanienne de Rome qui montrait sa disponibilité à suivre le projet en vue d’une agrégation de l’IASMI à sa faculté de missiologie.

Les procédures d’office entre l’IASMI et l’Urbaniana bénéficieront de l’appui décisif du père Zago, devenu dans l’entre-temps évêque et secrétaire de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. Au niveau local, l’ensemble de l’Institut saint Eugène de Mazenod joua un grand rôle sous l’impulsion du père Giovanni Santolini, omi. Arrivé au Zaïre en 1987, le père Santolini mettait déjà ses compétences de gestionnaire au profit de l’Institut de Théologie Saint Eugène de Mazenod. Son apport dans le lancement de l’Institut Africain des Sciences de la Mission se montra également déterminant pour la bonne suite des démarches entre Kinshasa et Rome. A sa mort accidentelle, le dimanche des rameaux 23 mars 1997, le dossier à fournir était déjà complètement constitué et déposé dans les bureaux des divers dicastères romains intéressés. Mais avec la mort de Mgr Zago en 2000, les démarches tombèrent en léthargie, de sorte qu’il fallut attendre l’encouragement, en août 2004, de Mgr Cavallotto, recteur de l’Université Urbanienne, venu à Kinshasa au premier Congrès panafricain de missiologie, pour lancer finalement les cycles proprement académiques de l’Institut Africain des Sciences de la Mission[13].

Ainsi, le 2 octobre 2004 eut lieu le commencement des cours du graduat unique et, en 2005-2006, ceux de première année de licence, suivis, en 2006-2007, par la deuxième année de licence. Au départ, les étudiants ne furent pas nombreux. Juste le minimum suffisant pour fonctionner. Mais la direction et les professeurs ne cessèrent d’y croire, tant les idéaux du nouvel institut demeuraient captivants à bien des égards.

Idéaux, programmes et contenus

En 1969 à Kampala, le pape Paul VI avait dit aux évêques africains : « Vous êtes désormais vos propres missionnaires. Vous pouvez et vous devez avoir un christianisme africain ». Ces paroles mémorables éveillèrent, dans l’Eglise d’Afrique, une conscience plus vive de sa propre vocation missionnaire, à réaliser aussi bien sur ses propres terres que vers les horizons extérieurs. Pour l’Eglise d’Afrique, l’heure était venue de devenir, elle aussi, un protagoniste de la même mission de l’Eglise; l’heure de s’engager, avec son demi-milliard de chrétiens, en faveur des non-chrétiens pour leur annoncer la Bonne nouvelle et leur faire rencontrer l’amour de Dieu contenu dans son Evangile (mission ad gentes) ; l’heure de consolider  la foi du peuple chrétien d’Afrique (mission de pastorale ordinaire) ; l’heure de « sortir » vers ceux qui, séduits ou emportés par la vague de la sécularisation ambiante, perdaient la foi chrétienne (mission de Nouvelle Evangélisation). L’institut de missiologie arrivait donc à point nommé pour soutenir la prise de conscience et contribuer à la recherche pour l’« évangélisation en profondeur » tant souhaitée notamment par le cardinal Malula ou par les épiscopats africains en général[14].

Dans cet esprit, un premier dépliant de 2004 définissait ainsi les objectifs de l’Institut: connaître et faire connaître les richesses de nos Eglises d’Afrique; étudier la pertinence du mandat missionnaire en vue d’une évangélisation en profondeur ; favoriser le dialogue avec les religions traditionnelles africaines, avec l’Islam et avec les frères d’autres dénominations chrétiennes à propos de l’impact de l’Evangile sur l’âme africaine; conduire une réflexion sur l’Afrique en Afrique.

Pour un pareil type de missiologie contextualisée et inculturée, les cours prévus par le programme étaient attrayants : une première année de graduat qui offre des cours de nature introductive et fondamentale (Bible, histoire, théologie, problématiques, méthodes et spiritualité de la mission), et deux ans de licence dont les cours sont répartis en trois axes[15].

C’est en comptant sur cette plate-forme de planification, déjà suffisamment ébauchée et prête à former les missionnaires de l’avenir, que l’IASMI obtint avec joie et reconnaissance son agrégation à la Faculté de Missiologie de l’Université Pontificale Urbanienne, par le décret Prot. 860/2004 de la Congrégation pour l’Education Catholique, le 3 juin 2008, en la fête de saint Charles Lwanga et ses compagnons, les martyrs de l’Ouganda. C’est ainsi qu’“en communion avec l’Eglise universelle, l’IASMI entend maintenir une étroite collaboration avec l’Eglise locale au niveau de la formation missionnaire », comme on le déclarait sur le même dépliant.

Situation actuelle, rayonnement et défis pour la « construction du futur »

L’ouverture des cycles académiques de l’IASMI en 2004 fut aussi l’occasion tout indiquée pour construire une nouvelle bibliothèque. Les travaux furent achevés en 2008. La nouvelle bibliothèque compte aujourd’hui 25.430 ouvrages et 150 périodiques enregistrés dans le ficher électronique. La Chaire Cardinal Malula, régulièrement tenue depuis 1994, a abordé des thèmes riches et variés. Certains ont suscité la publication d’ouvrages et d’études plus approfondies[16]. Ces conférences font de l’IASMI un centre de rayonnement et de réflexion sur l’Eglise en Afrique hier, aujourd’hui et demain. La Revue Africaine des Sciences de la mission compte parmi les sources de référence de théologie africaine.

Dans la recherche missiologique, l’IASMI soigne la collaboration avec d’autres institutions, locales comme la Semaine Théologique de l’Université Catholique du Congo, la Chaire Jean-Paul II et les Semaines Cardinal Malula de l’Archidiocèse de Kinshasa ; et internationales, avec en premier lieu, l’Université Pontificale Urbaniana. Il a participé aux célébrations du centenaire en 2010 de la Conférence missionnaire d’Edinburg, avec une contribution intitulée “La communion missionnaire dans la perspective œcuménique[17]. Son personnel académique participe activement à l’Association Internationale des Missiologues Catholiques (AIMC)[18].

Les Cycles de formation des missionnaires qui arrivent et partent du Congo ont formé plus de 120 missionnaires destinés soit au Congo soit à d’autres Eglises. A cet égard il faut noter que la formation des missionnaires se termine par une célébration africaine d’envoi en mission, suivant un rituel spécial et inculturé et riche en couleur.

Quant aux défis, “Depuis l’agrégation à la Faculté de Missiologie de la Pontificia Università Urbaniana, le 3 juin 2008, les premiers efforts de l’IASMI ont été d’augmenter le nombre des étudiants.”[19] Aujourd’hui, vingt ans après le lancement et dix après l’ouverture des cycles académiques, l’Institut a formé 50 gradués et 15 licenciés en Sciences de la mission. La petite moyenne de 5 gradués et 3 licenciés par an montre bien les types de challenges que le jeune institut affronte. Les principaux sont de deux ordres : les effectifs qui demeurent faibles, et la participation active des autres congrégations religieuses encore attendue.

Aussi, la construction du futur de l’Institut nous semble-t-il exprimer quelques besoins, notamment :

  1. Les effectifs. Pour augmenter les effectifs des étudiantes et étudiants, il est clair que, comme œuvre témoin du charisme oblat, l’IASMI nécessite de l’appui des autres provinces oblates d’Afrique et d’ailleurs, ainsi que de l’Association of Oblate Institute of Higher Learning (AOIHL) dont, avec l’Institut saint Eugène de Mazenod, il est membre.
  1. La collaboration avec les autres congrégations missionnaires. L’IASMI a aussi besoin de bénéficier des formes de collaboration qui favorisent une plus grande implication des autres congrégations missionnaires, suivant les vœux des initiateurs, notamment la vision du Cardinal Etsou.
  1. Les programmes des cours. Le caractère contextualisé et inculturé de l’Institut et de ses programmes requiert une plus large autonomie d’organisation, de programmation et de fonctionnement, pour mieux répondre aux exigences du milieu avec plus de flexibilité dans les programmes et dans leur gestion, pour favoriser une plus rapide adaptation aux exigences d’une société en rapide évolution.
  1. La recherche. Le défi de présenter un nouveau visage de la mission, qui aille au-delà de l’histoire, pour contribuer à l’élaboration d’un nouveau concept, d’un nouveau paradigme de mission.
  1.  Last, but not least, le défi financier qui empêche plusieurs potentiels étudiants, surtout du clergé diocésain, de réaliser leur louable désir d’une licence en sciences de la mission. Comment leur fournir une aide en bourses d’étude ? L’Institut continue de chercher une réponse efficace.

 

Conclusion

On le voit, l’Institut Africain des Sciences de la Mission est là et ses cadres se démènent pour le faire apprécier dans sa vocation de « pierre dans la construction de l’avenir » religieux et social de l’Afrique appelée par Benoît XVI à devenir davantage le poumon spirituel du monde (cf. Africae Munus 13). Le renouvellement de son agrégation, que cet article célèbre à sa façon, résonne à la fois comme une bénédiction et un encouragement à continuer de porter haut l’étendard de la mission de l’Eglise qui « tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père » (cf.  Ad Gentes 2).

 

Domenico ARENA, OMI et Didier MUPAYA Kapiten, OMI

Professeurs à l’Institut Africain des Sciences de la Mission

iasmi@isemomi.org

 

[1] A cette époque on pouvait se poser des questions comme les suivantes : « Y a-t-il vraiment besoin d’un institut de missiologie dans une Afrique qui est « en dérive » à bien des égards et qui ne parvient pas à décoller au niveau économique ? Dans ce cas, ne serait-il pas mieux de créer des facultés de sciences économiques ou des instituts professionnels d’arts et métiers plutôt qu’un institut de missiologie ? ».  Ou bien : « Y a-t-il vraiment besoin d’un institut pareil, alors qu’en Afrique l’œuvre missionnaire est en cours et l’Evangile n’a pas encore pénétré en profondeur chez ses habitants surtout dans certains coins enclavés? Dans ce cas n’y aurait-il pas plus besoin de missionnaires de terrain que de missiologues érudits ? ».

[2] La mission s’imposait de plus en plus comme une composante indispensable et une activité incontournable de la vie de l’Eglise et de chaque chrétien. La mission, malgré tout, sortait à nouveau ses cartes de noblesse comme « le premier service que l’Eglise peut rendre à tout homme et à l’humanité entière » (RM 2) ; « un devoir suprême » (3) ;  « un engagement fondamental de tout le peuple de Dieu » (32) ; « le plus grand des défis pour l’Eglise » (40) ; « la manifestation du dessein de Dieu » (41), devant avoir « la première place » dans la vie de l’Eglise et du chrétien (86). A cause de tout cela, elle était considérée même comme une source de renouvellement du tissu ecclésial et, progressivement, du monde, selon les mots de la même encyclique: « En effet,  la mission renouvelle l’Eglise, renforce la foi et l’identité chrétienne, donne un regain d’enthousiasme et des motivations nouvelles » (2).

[3] L’Institut se trouve dans la commune de Kintambo, un des quartiers les plus anciens dans la partie nord-ouest de Kinshasa, à quelques kilomètres seulement du centre-ville et du fleuve Congo. Cet institut, voulu et administré par les Oblats de la Province du Congo est, à notre connaissance, l’unique en Afrique.

[4] Ainsi, au fil des années, l’Institut Saint Eugène de Mazenod (ISEM) s’est développé devenant un centre d’études théologiques important, accueillant quelque 300 étudiant(e)s d’une trentaine de nationalité, africaines, latino-américaines et autres, appartenant à une quarantaine de familles religieuses nationales et internationales.

[5] Il s’agit de Tharcisse Tshibangu, Dosithée Atal Sa Angang, Marcello Zago, Walbert Bühlmann, Claude Geffré, Paul Serufuri Hakiza, François Kabasele Lumbala, Jacques Dupuis, René De Haes, Ilunga-Mayamba, Oscar Bimwenyi Kweshi, Léon de Saint Moulin, Fabio Ciardi, David N. Power, René Luneau, Giovannni Santolini, Jean Masamba ma Mpolo, Viviane Tsangu, Norbert Mikanza Mobyem, Hermann Hochegger, Joseph Ibongo Gilungula, Antoinette Bwanga, Godefroid Kä Mana, Jean-Baptiste Malenge Kalunzu, Nzuzi Bibaki, Paolo Archiati et d’autres. Cf. « Les nouveaux appels de la mission », Actes du Colloque International de Missiologie Kinshasa 20-26 février 1994, in RASM, 1, 1994.

[6] “Allocution de Son Eminence le Cardinal Frédéric Etsou”, in Ibid.,  p. 7.

[7] Félicien MWANAMA Galumbulula, « L’héritage missionnaire de Mgr Godefroy Mukeng’a Kalond aux Frères Serviteurs et Sœurs Servantes du Fils de Dieu », in Alphonse NGINDU Mushete – Jean-Bosco MATAND Bulembat (dir.), Mission et croissance. Orthodoxie et orthopraxis d’un évêque africain. Mélanges offerts à S.E. Mgr Godefroy Mukeng’a Kalond a l’occasion de ses 50 ans de vie sacerdotale et de ses 80 ans d’âge, Ed. Médiaspaul, Kinshasa, 2013, p. 305.

[8] “ Allocution… »,  p.7 et 12.

[9] Par ailleurs, aux yeux du prélat, tout cela exigeait de pratiquer une théologie capable de traduire Dieu et son salut dans un langage intelligible aux cœurs des Africains ; de préciser le plus clairement possible les défis théologiques, culturels et sociaux lancés à cette époque par les peuples africains ; d’orienter les recherches sur la signification du mandat missionnaire du Christ et sur les prérogatives de la mission qui doit continuer en Afrique aujourd’hui.

[10] Ibid., p. 11.

[11] Ibidem.

[12] Cf. Ibidem. A noter que ces trois orientations seront reprises, d’une façon ou d’une autre, dans les trois axes du programme de formation de l’Institut Africain des Sciences de la Mission : axes qui inspirent aussi les recherches de la Revue Africaine des Sciences de la Mission.

[13] Ce congrès avait, à plusieurs reprises, évoqué la nécessité d’une “Ecole pratique de Hautes Etudes de la Mission”. Cf. A. Ngindu Mushete, « Défis de la mission et voies des recherches théologiques en Afrique », in L’avenir de l’activité missionnaire Ad Gentes. Perspectives pour le XXIème siècle. Actes du Congrès International de Missiologie « Tertio Millenio », Edités par Mgr Tharcisse Tshibangu, Ed. Médiaspaul, Kinshasa, 2005, p. 436.

[14] « Le cardinal Joseph-Albert Malula, un missionnaire « ad intra » à rayonnement «ad gentes ». Une lecture de son épiscopat à la lumière de l’encyclique Redemptoris Missio, par Césarine Masiala», RASM, n. 28, 2010, p. 23.

[15] Les voici dans l’ordre: Mission et théologie, avec référence spéciale aux développements de la théologie africaine; Religions et cultures, avec un intérêt spécial pour l’étude des grandes religions (notamment de la Religion Traditionnelle Africaine et l’Islam) et de sciences anthropologiques ; Foi et société, avec une attention spéciale aux phénomènes sociaux de l’Afrique d’aujourd’hui.

[16] Ex. André KABASELE Mukenge, « Lire la Bible aujourd’hui : risques, défis et enjeux »,  25ème Chaire Cardinal Malula du 7-8 décembre 2002 publié dans RASM, n. 16, 2002. Cette conférence fut à la base d’un  autre article (cf. IDEM, « Lire la Bible dans  le contexte africain. Approche et perspectives», in LEMAIRE A. (éd.), Congress Volume. Leiden, Brill, 2004, p. 401-418) et même d’un ouvrage (cf. IDEM, Lire la Bible dans une société en crise, Kinshasa, Médiaspaul, 2007.

[17] Cf. RASM, N° 29, 2010, p. 9-53.

[18] En 2008, l’IASMI a contribué, avec deux conférences, à la Conférence Internationale de Missiologie en préparation au Second Synode Africain (Yaoundé). Cf. Joseph Ndi-Okalla, Le deuxième synode africain face aux défis socio-économiques et éthiques du continent. Documents de travail, Editions Karthala, Paris, 2009, p. 61-92 ; 93-102.

[19] Bref rapport des activités de l’Institut Africain des Sciences de la mission de 2008 à 2012, p. 1.

 

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